16.11.2009
Le carnet de bord de Jacques Caraës
Hello, voici quelques lignes du milieu de l’océan Atlantique, au moment où je vous écris, nous venons de franchir le 25ème sud, latitude de Rio de Janeiro après 10 jours de navigation.
A Ouessant notre entrée en matière était plutôt virile, une première nuit dans une mer mal rangée pour traverser le golfe de Gascogne ne permettait pas à notre monture, de donner toute sa puissance, tel l’envol difficile d’un albatros contrarié par son envergure. A cap Finisterre notre oiseau vert avait pris de l’altitude, bien appuyé sur son foil et dérive relevé à mi pont, toujours rapidement. Les compteurs s’affolaient: 25,28,30,35 noeuds et plus à certains moments donnaient le ton de cette première partie de pilotage. Une glisse bien rectiligne,sans un coup d aile nous offrait un joli temps de référence de 5 jours 15 heures et 23 minutes de l’île Ouessant à l’Equateur.
A pas de géant, on s’enfonce dans l’hémisphère sud et par conséquent dans notre aventure, avec nos doutes et nos certitudes.
Les nuits sont magiques. Véritable voute céleste au dessus de nos têtes dans un ciel de toute pureté, le bateau va bon train, sans souffrir et laisse place à la contemplation. La lune nous salue de sa moitié, c’est rigolo… ;
d’ici sa rontondité est inversée ...On aperçoit parfaitement la constellation d Orion : Betelgeuse la belle rouge, Riguel la verte encadrent les trois mages, Cirius la plus puissante se reflète sur la mer. Plus à gauche les Pléiades sont de sortie. Tout à coté, la forme en V de la constellation du taureau est bien marquée par l’éblouissante Aldebaran. Autant d’étoiles qui animent nos discussions de nuit pendant le quart. On est rentré tous ensemble dans un autre monde,où seule la nature nous dirige. Que c’est bon !
Depuis notre passage du 23ème sud, notre vitesse s’effrite doucement, c’est la transition. Notre avance de 700 milles sur le record d’Orange 2 va prendre un coup. Il faut être bon joueur, on ne peut pas gagner tout le temps. Je reste avec Lionel et Ronan plus décontracté sur le sujet. Par contre, Frank reste impatient d’une reprise de vitesse... Stan, notre navigateur le rassure, avec les prévisions à venir. Encore quelques heures pour récupérer un front qui nous vient du Brésil. En restant dans son front chaud, on arrivera rapidement aux portes des 40ème Sud. Il faut positiver. La nature, par cette transition nous donne du temps calme pour préparer le bateau et vérifier la structure de ses entrailles. C’est un don de la nature, pas une négation. Il faut prendre avec philosophie ce ralentissement comme tel. Le bon flux des 40ème se mérite. Détermination et concentration à la barre et aux réglages seront les clefs de notre délivrance de cet océan de paix.
Attention, c’est à la fois excitant de rentrée dans l’Indien, mais c’est aussi une entrée dans les hostilités, les vents forts, le froid, les glaces... Alors que les ondes positives portées vers notre bateau nous accompagnent encore ! Nous ne sommes pas là pour faire les jeux du cirque !
C’est mon quatrième tour de l’Antartique en course, je ne m’en lasse pas !
Je garde des yeux d’enfant ébloui à chaque fois. J’aimerai bien être encore de ce monde pour le départ de la première régate inter planétaire pour surfer au tiers de la vitesse de la lumière, avec des vaisseaux gréés de voiles à particules solaires. Cela sera pour votre génération mes enfants.
En attendant, merci Monsieur Jules Verne de nous avoir précipité dans vos belles aventures, en y revenant on est plus comme avant.
15:40 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : groupama 3, jacques caraës, franck cammas, trophée jules verne


















Commentaires
Salut Jacques,
J'ai toujours un doute qu'en j'écris un commentaire sur le net. Je me demande si, comme une bouteille à la mer, il va parvenir à destination. Peu importe. Ce qui compte, c'est la pensée qui l'accompagne. Je viens de tomber sur ton nom en lisant un article dans le Figaro, quelques heures avant votre arrivée. Jacques Caraës ! S'il me reste un bon souvenir de l'expérience vécue ensemble voici près de trente ans, à Newport,il est bien lié à toi. Et je vois, en lisant ton portrait sur la toile, que ce que j'avais perçu dans l'équipier modèle, à la fois en tant qu'homme et professionnel de la mer, a magnifiquement mûri. Je suis ravi aussi de mesurer à quel point le rêve que tu entretenais, et que les conditions familiales d'alors limitaient dans sa réalisation, a pu pleinement se concrétiser. Si, cette nuit, tu passes la ligne avant les cinquante heures, saches qu'il est un vieux compère, quelque part dans le sud de la France, qui participera silencieusement à ton bonheur.
Bien à toi,
Christian
Écrit par : Christian Bachelier | 20.03.2010
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