21.02.2010
Carnet de bord de Thomas Coville

L'océan Indien ou la fascination des Terres Australes.
Depuis la fin du XVIII ème siècle pour la France (bien avant pour les Anglais, Hollandais, et Portugais), les Terres Australes ont alimenté l'imaginaire collectif. Les ambitions politiques et commerciales (la Compagnie des Indes, Louis XV), le mensonge (Monsieur De Kerguelen 1773), les récits de tempêtes effroyables, tout a contribué à construire le mythe de la découverte de ces contrées hostiles. Il n'est plus question aujourd'hui de Découvertes ou d’Aventure à proprement parlé et pourtant j'ai l'impression de porter en moi bien des siècles plus tard cette même fascination. L'Océan Indien est pour moi une source inépuisable d'imagination qui me pousse à chaque fois à retourner voir et revenir observer ces régions où je me sens chaque fois juste toléré. J'aime cette sensation de me sentir exposer et de retrouver une échelle où d'un seul coup je redeviens vulnérable et humain à la fois. Naviguer en bateau à voile et d'autant plus en multicoque renforce cette sensation d'humilité.
Après une entrée laborieuse pour passer devant un front (chose rarissime du uniquement à notre capacité d'aller plus vite que certain phénomène météo), nous glissons à pleine vitesse dans un Océan Indien très clément. Notre route relativement Nord, 45° Sud, n'y est pas étrangère.
Groupama 3 fait parler sa puissance (sa largeur) et nous alignons les journées de glisse. Barrer devient alors un pur plaisir même si le poste de barre est particulièrement exposé et humide. 30 noeuds est vraiment devenu la vitesse de base référence en dessous de laquelle il n'est pas permis de descendre. Le plafond bas des derniers jours a fait place cette nuit à un ciel limpide et grandiose. Depuis plusieurs jours maintenant les albatros ne nous quittent plus et leur ballet incessant ne peut nous laisser indifférent. Nous les regardons voler avec envie et la pureté de leurs mouvements nous rend gauche. La houle du Sud ouest est bien là et nous propulse avec son énergie sans limite. Les iles Kerguelen sont derrière nous, bientôt l'Australie et nous avalons les fuseaux horaires au point que nos quarts de sommeil s'en trouvent quelque peu dérangés. La suite ne semble pas aussi facile, Iceberg, vents forts... mais nous verrons bien. Pour le moment je jouis de ce privilège de naviguer dans ces mers Australes dont je ne pourrais jamais éteindre en moi la fascination. A+ 
16:36 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thomas coville, franck cammas, groupama 3, trophée jules verne


















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