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01.03.2010

Dos rond dans le baston

Groupama 3 est contraint de s'éloigner de la route directe vers le Horn pour contourner une dépression très rapide qui circule sur les Soixantièmes. L'état de la mer rend la vie de Franck Cammas et ses hommes, rude, fatigante et très humide.

22:34 Écrit par Groupama 3 (Webmaster) dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franck cammas, groupama 3, trophée jules verne

Carnet de bord de Fred Le Peutrec

blog_lepeutrec_portrait.jpgQuelque part dans le Pacifique…

Au moment où je vous écris, Groupama 3 est plongé en pleine nuit. Il est 10h du matin en France et nous glissons à 30/32 noeuds sous gennaker par une magnifique nuit de pleine lune. Notre navigateur, Stan, me signale que, devant nous, à seulement soixante miles, des icebergs ont été repérés par satellite il y a quelques semaines et leurs positions ne sont évidemment plus exactement les mêmes aujourd'hui. Alors, concentration, vigilance et vive la Lune! Radar en route et les yeux écarquillés nous poursuivons obstinément notre progression vers l'Est/Sud-Est avec en ligne de mire, le Cap Horn. Enfin, le Cap Horn! A l'extrémité sud du continent sud américain, il est le dernier des trois caps qui définissent le parcours du tour du monde. Il est aussi le plus sud et son contournement suppose de plonger vers des latitudes beaucoup plus froides sans avoir trop le choix de notre positionnement dans les dépressions qui, elles aussi, sont forcées de descendre vers le Sud, canalisées par la Cordillère des Andes. A bord, on se prépare tous à des conditions qui vont se dégrader dans les heures qui viennent. Le ciel va se couvrir, le vent va forcir nettement et la mer va grossir, en avant d'une dépression qui doit nous dépasser. Propulsés par cette ultime claque, nous sortirons des océans du sud en enroulant ce cap mythique avec une immense satisfaction, mais aussi avec une pointe de nostalgie pour la "tranche de nav" dont on tournera la page par la même occasion.

L'écart avec notre adversaire virtuel, "Orange", sera, alors, sans doute insuffisant pour attaquer la remontée vers Ouessant relâchés et sereins. Mais contourner le Cap Horn nous soulagera et marquera sans doute la fin de la cavalcade ininterrompue entamée, il y a seize jours, à la sortie de l'anticyclone de Sainte Hélène. Et rien que pour ça, ce sera bon!

Orange ayant profité de conditions très favorables le long de l'Argentine, il est probable que notre avance actuelle se réduise et qu'ainsi le suspens reste entier.

A suivre.....
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Carnet de bord de Jacques Caraës

blog_caraes_portrait.jpgSans aucun doute, la partie la plus difficile : le contournement de l’Antarctique.

Notre entrée dans le pacifique sud, est rigoureuse ! La température de la mer avoisine les 5 degrés. Notre route nous fait descendre par 55 degrés sud, et le vent de sud ouest a fait descendre la température brutalement. C’est l’heure de doubler l’empilement des dernières polaires sèches.

Le quart de pont surveille avec grande impatience la relève par le quart de stand by. Les minutes supplémentaires paraissent une éternité. Le sac de couchage devient le meilleur des refuges et il est parfois douloureux de s’y extraire au milieu de la nuit froide et humide pour remettre de la toile sur le pont.

La fatigue commence à se lire sur les visages, les déplacements sur le pont sont moins rapides, l’humidité est partout et rien ne sèche. La vie à bord est plus difficile, secouée comme dans une machine à laver ! Il faut malgré tout trouver un minimum de sommeil. Les rappels de barre et l’engagement des flotteurs dans la mer sont parfois si violents, qu’il est difficile de se tenir allongé dans les bannettes. Le sommeil est lourdement perturbé pour ne pas dire inexistant. Il faut parfois attendre un empannage qui sera plus favorable à la glisse pour retrouver des conditions acceptables pour s’endormir. Dans ces moments là, le sommeil est profond et propice aux rêves les plus fous... C’est très étonnant, il semblerait qu’en mer, chacun de nous rêve énormément.

Nos efforts sont récompensés puisqu’ à près de 2300 milles du cap Horn, nous avons plus d’une bonne journée d’avance sur Orange 2 ! La cadence est toujours élevée, nous sommes dans une spirale de vitesse. On ne s’en rend plus compte parfois. C’est là qu’il faut rester vigilant car notre accoutumance aux surfs peut nous entrainer à la faute. L’enfilade de l’océan indien et du pacifique sud sur un tel rythme nous use, comme si on était un peu enivrés par la vitesse. Alors attention ! La délivrance par le Cap Horn n’est pas loin, mais pour le moment c’est la nature qui nous commande, et à la moindre faiblesse elle nous croquera.
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Carnet de bord de Loïc Le Mignon

blog_lemignon_portrait.jpg2ème partie

... Plus tard, on a eu le dernier obstacle à franchir une dorsale (zone sans Vent) au large des Canaries espagnoles qui sera franchi avec succès grâce à l’investissement de tout l'équipage de Groupama 3.

Cela nous dégage la route des alizées, direction l'Equateur, temps estimé 6 jours  et demi. Au final on aurait pu battre notre propre record de novembre, mais on est resté prendre une douche sous un énorme grain qui nous a collé 5 heures et ne nous a pas permis d'avancer dans la bonne direction au sud.

Sur cette route se sont les premiers courts de repérage des étoiles car on a beau courir les océans beaucoup d'entre nous ne connaissons pas la voute céleste et ses mystères, ses explications. La grande ourse, la polaire, la constellation d'orions, les pléiades, tous ces noms magiques que j'ai eu la chance d'apprendre avec mon père et en famille les soirs d'été, ou avant de renter nous coucher, on passait un peu de temps la tête en l'air, à se faire des torticolis.

Il y a même la planète Mars qui va nous accompagner tout au long du voyage, car, comme les découvreurs avant nous, le ciel étoilé va changer en arrivant dans l'hémisphère sud. Il faut avant tout repérer la croix du sud, comme point de départ pour trouver les autres constellations et c'est là où on continue d'apprendre car ne venant pas souvent chercher mon pain par ici, je connais moins bien ce ciel ! Certains se sont équipés de star-finder (trouveur d'étoile)ce qui rend la tâche des néophytes plus facile, mais on en oublierait presque la course !

Après l'équateur, j'apprécie particulièrement le coin des iles de Fernando de Noronha. En longeant la côte brésilienne, on passe les meilleurs moments sans doute : torse nu, la nuit à la barre, peu de réglage car le vent est stable, la voûte céleste comme plafonnier et la croix du sud comme mire ! Les étoiles filantes nous émerveillent par leurs quantités et leur longévité.

Après c'est là que tout se joue car au niveau de Rio de Janeiro s’il n'y a pas une dépression venue de la Cordillère des Andes qui nous prend sur son porte bagagen on peut dire adieu Berthe(c'est ma tante) ! Elle s'est faite désirer 2 jours de trop à notre goût mais elle est arrivée ! Ca y est, c'est parti pour l'autoroute du grand sud, cap au 90° et route sur l'Afrique du sud !

C'est là où la magie de ces bateaux modernes opère ! On reste devant le phénomène météo en pouvant se déplacer soit un plus bas, soit un peu plus haut suivant la force et la direction que l'on cherche. Bien sur ça s'est refroidi considérablement et les dernières douches ont été prises au 30° sud, car après l'eau et l'air sont trop froids.

Les premiers vols d'albatros (oiseau découvert par Albert Strauss) viennent nous émerveiller, ces oiseaux qui peuvent rester des heures des jours je crois sans battre de l'aile ! Mais nous allons trop vite pour eux ! Ils restent un moment puis s'en vont nous les croiserons tout au long du parcours sud jusqu’ au Cap Horn.

Nous continuons d'avaler les milles à plus de 32 nds de moyenne. L'équipage a le sourire et certains s'amusent même à faire le zébulon sur le trampoline lors des changements de voiles (à 50 ans tout juste ils savent rester jeunes dans leur tête). Le moral est au beau fixe surtout que Stan nous dit que cela s'annonce bien pour le grand sud ! C'est parfait ! "Allez ! Bar des sports ce soir pour fêter cela », annonce Jaco.

C'est là que nos routes se séparent car il faut que je retourne à mes occupations mettre le journalier en place, faire mon quart, et faire un peu aussi les repas, et oui on ne passe pas le clair de notre temps la tête en l'air à discuter ! Le rythme est soutenu : toutes les trois heures, on change de poste, soit sommeil, soit stand-by, soit sur le pont.

Voilà donc… j'espère que cette histoire vous aura plu et que vous aurez ressenti tout le plaisir que j'ai à être en mer. Voir bouger le vent à passer près des îles, naviguer dans les alizés. Toutes ces sensations, ces émotions, et anecdotes qui font que l'on doit toujours essayer de faire quelque chose en s'amusant ou en y prenant du plaisir.

Mais je tiens aussi à préciser que pour moi rien ne serait possible sans avoir l'accord de la maison. Je peux m’appuyer sur une femme exceptionnelle ou parfaite qui gère au mieux tout le quotidien et l'exceptionnel : quand les enfants commencent à pleurer en se mettant dans un coin de la pièce avec la photo du père absent, cela doit être au moins aussi dure à vivre que ce que nous vivons sur l'eau….

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Ps : Nous voilà en vue du Cap Horn, c'est encore d'autres histoires en perspective !

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