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04.03.2010

Un océan à avaler

En passant le cap Horn à 18h30 TU ce jeudi 4 mars, Franck Cammas et ses hommes conservent 175 milles d’avance (soit 8 heures 55 minutes) sur le temps de référence. Mais le début de ce final du tour du monde sera compliqué à négocier pour le trimaran géant, du moins pour les premières heures de cette remontée de l’Atlantique…

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Les conditions particulières qui ont régné sur le Pacifique n’ont pas permis à Groupama 3 de s’adjuger le record WSSRC de la traversée du plus grand océan du monde : du vent certes, mais trop, au point d’imposer un grand détour par le Nord pour éviter le plus dur de la mer générée par une méchante dépression. Puis il a fallu à Franck Cammas et ses hommes négocier une zone de transition plutôt molle avant d’aborder les côtes chiliennes… Au final, l’équipage a avalé près de 5 000 milles sur l’océan Pacifique (Sud Tasmanie au cap Horn) en 8 jours 19 heures 07 minutes, soit 59 minutes supplémentaires sur le temps de référence sur Orange 2 en 2005 (8j 18h 08').

Mais il reste encore 7 000 milles à parcourir jusqu’à la ligne d’arrivée à Ouessant : Bruno Peyron et son équipage avaient mis plus de dix-huit jours pour remonter l’Atlantique. Et même si Groupama 3 possède encore des milles d’avance sur le temps de référence, il devrait perdre une grosse partie de ce décalage positif dans les jours qui viennent. Les vents contraires qui règnent le long de la côte Est de la Patagonie vont sérieusement entamer le capital du trimaran géant.

Car si le catamaran détenteur du record sur le Trophée Jules Verne avait effectué une superbe remontée jusqu’à l’équateur (8j 05h 36'), il avait en revanche peiné pour rallier Ouessant à partir de la ligne de changement d’hémisphère (9j 11h 15'). Groupama 3 reste dans le timing pour améliorer le record du tour du monde : cinquante jours reste un objectif accessible...

20:22 Écrit par Groupama 3 (Webmaster) dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franck cammas, groupama 3, trophée jules verne

Carnet de bord de Thomas Coville

blog_coville_portrait.jpgJe sais, je ne suis pas très bavard, je le reconnais. Je ne pensais pas être aussi en retrait par rapport à l'écriture. Pourtant le rythme des quarts permet de dormir, de se restaurer et d'être assez frais et lucide tout le temps, en comparaison à mon dernier tour, où au contraire s'adapter était le maître mot.

Nous approchons du Cap Horn, rocher mythique s'il en est, et ces dernières heures avant ce passage sont pour moi sans doute les meilleures.

Depuis quelques jours, nous contournons une dépression assez nord qui nous a obligés à faire beaucoup de distance par rapport à l’orthodromie.

Nous n'avons jamais cessé de pousser le bateau et nous sommes tous conscients de l'enjeu que représente cet investissement humain pour la suite et notre résultat final. Les conditions de vie sont parfois rendues difficiles par l'état de la mer ou par le froid, l'humidité, l'ergonomie un peu précaire du bord. Vivre à bord prend alors tout son sens. Nous sommes dix dans ce boyau de carbone, guitare de vitesse, qui vibre et retranscrit chaque choc avec l'eau. Vous racontez comment on vit, mange, dort, se vêt, se dévêt ne présente aucun intérêt à mes yeux et ressemblerait vite à une complainte alors que cette simplicité de vie me ravit et au pire m'indiffère. Vous décrire comment faire avancer une telle machine deviendrait vite très technique. C'est pourtant souvent notre seule préoccupation. Nous sommes tous passionnés de vitesse et de technique et nos discussions tournent vite à l'obsession : comment peut on aller encore plus vite ?

Pourtant ce qui me plait, c'est de voir comment dans ces conditions aussi inhabituelles, où dix individus aussi différents que nous le sommes, cohabitent et construisent une histoire. Une histoire qui est le suc de ce que je suis venu chercher en équipage dans cette région du monde inhospitalière, où nous ne sommes que tout juste tolérés.

A terre ma vision de l'autre, des autres et leur relation n'est pas toujours très optimiste. L'actualité, le monde qui m'entoure me rapproche de réflexions parfois même un peu noires où l'histoire n'est qu'un éternel recommencement. Les Nietzsche, Sartre, Finkielkraut et compagnie ont beau jeu de nous décrire l'Histoire et de nous y enfoncer les épaules.

J'ai besoin de ces escapades pour recréer ces huis clos et comprendre, vivre et croire que même dans des conditions d'un exercice difficile, avec des individus complexes et très différents, des réalisations sont possibles et que le meilleur ressort alors.

Cet équipage de Groupama 3 est sans doute un des meilleurs techniquement que j'ai jamais eu la chance de connaître et pourtant chacun d'entre nous, par son histoire et sa personnalité, est une source complexe de contradictions et de sensibilité. La combinaison factorielle de nous dix est une véritable bombe d'énergie humaine et pourtant ça marche. Je vous mentirais si je ne vous disais pas que ça accroche, froisse ou même bloque par moment ; mais c'est là l'intérêt. L'objectif et la finalité lorsqu'ils sont partagés et entendus au départ conjuguent et érodent ces moments. Plus que les qualités de chacun, les défauts prennent leur place dans l'alchimie. Il faut que ces défauts ressortent pour que nous grandissions tous. Il faut, comme dans l'exercice du  solitaire, que les circonstances fassent ressortir notre vrai visage. Les masques tombent et la réalité est alors hurlante. Le miroir que reflète l'autre renvoie tout, grossi par ce prisme de l'évènement dans ce contexte où la Nature décide quand et comment. L'égoïste rend altruiste, l'exubérant demande de garder son calme, le taiseux commande le dialogue, le ronchon impose d'être gai ...

Vivre ces instants pour comprendre ce que l'on cherche et se rassurer sur le sens du reste. Etre heureux en mer, c'est juste avoir ce privilège en équipage ou seul de remettre en relief tous ces sentiments et ces valeurs simples auxquels on croit.


Le Cap Horn demain fermera une partie de cette histoire. Non que l'objectif soit atteint, ni le voyage terminé bien au contraire. Mais les conditions ne seront plus celles de cette hostilité absolue de ces mers australes. Demain après le Horn, une nouvelle dimension s’ouvrira, peut être encore plus dure que cette étape physique du parcours, celle qui ronge notre siècle : la pression du temps et du chrono. L'érosion du temps qui passe et qui ne se partage jamais et encore moins à dix. Nous verrons alors comment nous résisterons à cette nouvelle épreuve.
En attendant je vais jouir de ces dernières heures, en surfant chaque vague, en scrutant le ciel pour voir les derniers albatros, en vivant pleinement ce moment qui me donne envie d'y croire. A dix ou seul, je suis passé déjà sept fois devant ce grand caillou majestueux. Chaque fois, je l'ai vécu différemment comme si ce cap était le témoin d'histoire d'hommes où l'Histoire ne se répète pas toujours.blog_coville_signature.jpg

15:21 Écrit par Groupama 3 (Webmaster) dans Sport | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : franck cammas, groupama 3, trophée jules verne

La parabole chilienne

Lionel Lemonchois : « Le vent devrait mollir en arrivant près des côtes chiliennes et la mer devrait aussi se calmer. Les routages changent tous les jours parce que la situation est assez instable : l'évolution semble indiquer une trajectoire vers le Nord-Est, vers les Falkland, contre le vent ! Mais tout ça va se préciser au passage du cap Horn... »

07:39 Écrit par Groupama 3 (Webmaster) dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franck cammas, groupama 3, trophée jules verne

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