16.03.2010
Carnet de bord de Jacques Caraës
"ON AVANCE, ON AVANCE... C’EST UNE EVIDENCE... MAIS PAS ASSEZ D' ESSENCE"
... Oui ici c est un peu comme dans la Chanson d’Alain Souchon.
Depuis Le Cap Horn, lieu de ce magnifique moment d’émotion et de contemplation, le bateau vert est bien à la peine en raison d’une météo qui manque cruellement de générosité.
Soit huit jours de près serré dans l’hémisphère sud, dont 24 heures particulièrement viriles.
Pour bien nous angoisser, les alizés de sud-est font petit braquet et nous refusent une progression rapide. Pour avancer le trimaran nous demande une concentration soutenue de tous les instants : centrage des poids, alternance de voiles d’avant entre solent et genakers, ajustements permanents des réglages tant le système météo est instable et fragile.
Hier soir, à la tombée de la nuit, au plus délicieux moment de la journée, notre routage nous a fait passer légèrement au vent de l’île FERNANDO DE NORONHA, bel instant qui nous apporta un véritable moment de distraction. Nous n’avions pas vu de terre depuis le Cap Horn. Cette île paradisiaque par sa beauté, au milieu de nulle part faisait vagabonder nos esprits.
En abordant cette île, c’est bien amusant de percevoir les réactions des uns et des autres, après plus de 41 jours de mer.
Certains la perçoivent comme un maudit obstacle à négocier. Ils n’en parleront qu’en angle et cap à tenir pour la laisser derrière eux sans émotion.
Pour ma part, mon enthousiasme penche sans hésitation du coté de l’autre bordée, en m’émerveillant de son relief varié, de son sommet culminant à 300 mètres, de ses douces pentes jusqu’à la mer. De petites lumières scintillantes comme des étoiles qui apparaissent les unes après les autres.
A ce moment précis, notre imagination s’évade à leur rencontre. On s’imagine déjà sur la plage à faire griller au feu de bois quelques langoustes avec les habitants du village. L’ambiance d’une belle soirée d’été, sur la plage avec danses et musique brésiliennes.
Malheureusement c’est impossible, nos esprits sont vite rappelés à l’ordre par un changement de voilure. Le vent vient d’adonner de quelques degrés, les chiffres reprennent l’avantage sur la rêverie : il faut hisser le gennaker immédiatement. Tel Ulysse qui ne succombera pas aux chants des sirènes, la bande de pirates du bateau vert fait un retour à la réalité. Le compte à rebours est bien enclenché, l’inquiétude de notre retard sur Orange se lit sur nos visages.
La partie reste serrée, mais pas jouée. Il nous reste l’hémisphère nord pour nous refaire et atteindre Ouessant dans les temps, alors en bon Pirate des Abers "NEVER SURRENDER, JAMAIS", retour aux écoutes...
13:18 Écrit par Groupama 3 (Webmaster) dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franck cammas, jacques caraës


















Écrire un commentaire