12.03.2010
Au zénith !
Par 15° Sud, Groupama 3 est à 900 milles de l’équateur, mais le soleil est au zénith en cette approche du printemps boréal : le Pot au Noir qui est lui aussi sur la ligne de changement d’hémisphère, est déjà dans la mire du navigateur Stan Honey et du routeur à terre Sylvain Mondon. Le trimaran peut désormais faire route directe vers ce point de rencontre sur le 32° Ouest.
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09.03.2010
Carnet de bord de Thomas Coville
Imaginez de tendre un fil entre le Cap de Bonne Espérance (extrémité sud de l'Afrique) et le Cap Horn (petite île de la fin du continent Sud Américain) et que vous deviez marcher tel un funambule sur ce câble sans tomber.
Aucun faux pas n'est permis, la corde bouge parfois, vous vacillez mais il est impossible de se retourner. Vous êtes condamnés à continuer.
Vous ressentez chaque vibration du vent et elles finissent par faire partie de votre univers. Cet exercice d'équilibriste, périlleux au début, devient une seconde nature et d'un pas plus franc et assuré, vous avancez. De jour comme de nuit, vous progressez et soudain l'horizon s'entrouvre, vous touchez au but. La fatigue accumulée, le froid parfois, la pression de sentir qu'il n'y a qu'une seule opportunité ne vous ont pas quitté depuis plus de deux semaines. Pendant cette période, on ne parle alors plus de chance, ni de pourcentage mais d'une vie bien réelle qui ne tient qu'à ce fil et à votre concentration. Les années de travail nécessaires à cette maîtrise prennent toute leur dimension.
Chaque détail brille et chaque défaut blesse. Nous étions dix sur ce filin tendu lorsque nous avons atteint le Cap Horn, i y a quelques jours. Tout le monde est monté sur le pont à son passage et le sentiment d'apaisement et de sérénité se lisait sur chacun des visages. La pudeur était de mise et malgré quelques mots et éclats de rire, il n'y eut pas d'exubérance dans l'expression de ce moment fort pour nous tous. Quelques regards croisés, des sourires et lueurs dans les yeux de certains pour qui c'était le premier passage, un coup de scotch offert par le navigateur pour bruler la gorge et nous avons continué notre route. La Nature nous avait laissés passer facilement et nous offrait ce moment simple. Le silence est retombé à bord et la vie a repris là où nous l'avions laissée dans ce quotidien monacal.
Nous rentrons maintenant et le chemin est encore long. Mais comme si nous avions changé de peau, le sentiment d'être au jour le jour a soudainement laissé la place à une projection vers le but final. Notre adversaire a réapparu comme sorti de ces films où le bateau pirate sort du brouillard juste derrière vous. L'instinct de la compétition est remonté dans nos veines et le rythme et les discussions ont repris sur les thèmes du temps qui défile et des milles d'avance ou de retard sur ce concurrent d'une autre époque, mélange de virtuel et de réalité de la seconde.
Le Horn est derrière nous et parait presque loin déjà. Nous envisageons Cabo Frio au large du Brésil comme étant notre prochain point décisif.
Le dernier Albatros nous a rendus visite hier soir et l'univers austral referme ses portes. Nous sommes passés et Groupama 3 a relevé le défi que certains pensaient inaccessible pour ce concept architectural léger et rapide dans les transitions. Nous allons devoir abattre nos meilleures cartes maintenant et montrer nos derniers atouts pour finir le projet pour lequel nous sommes partis : arriver à Ouessant avant le 23 Mars à 6 heures 14 minutes et 57 secondes.
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21.02.2010
Carnet de bord de Thomas Coville

L'océan Indien ou la fascination des Terres Australes.
Depuis la fin du XVIII ème siècle pour la France (bien avant pour les Anglais, Hollandais, et Portugais), les Terres Australes ont alimenté l'imaginaire collectif. Les ambitions politiques et commerciales (la Compagnie des Indes, Louis XV), le mensonge (Monsieur De Kerguelen 1773), les récits de tempêtes effroyables, tout a contribué à construire le mythe de la découverte de ces contrées hostiles. Il n'est plus question aujourd'hui de Découvertes ou d’Aventure à proprement parlé et pourtant j'ai l'impression de porter en moi bien des siècles plus tard cette même fascination. L'Océan Indien est pour moi une source inépuisable d'imagination qui me pousse à chaque fois à retourner voir et revenir observer ces régions où je me sens chaque fois juste toléré. J'aime cette sensation de me sentir exposer et de retrouver une échelle où d'un seul coup je redeviens vulnérable et humain à la fois. Naviguer en bateau à voile et d'autant plus en multicoque renforce cette sensation d'humilité.
Après une entrée laborieuse pour passer devant un front (chose rarissime du uniquement à notre capacité d'aller plus vite que certain phénomène météo), nous glissons à pleine vitesse dans un Océan Indien très clément. Notre route relativement Nord, 45° Sud, n'y est pas étrangère.
Groupama 3 fait parler sa puissance (sa largeur) et nous alignons les journées de glisse. Barrer devient alors un pur plaisir même si le poste de barre est particulièrement exposé et humide. 30 noeuds est vraiment devenu la vitesse de base référence en dessous de laquelle il n'est pas permis de descendre. Le plafond bas des derniers jours a fait place cette nuit à un ciel limpide et grandiose. Depuis plusieurs jours maintenant les albatros ne nous quittent plus et leur ballet incessant ne peut nous laisser indifférent. Nous les regardons voler avec envie et la pureté de leurs mouvements nous rend gauche. La houle du Sud ouest est bien là et nous propulse avec son énergie sans limite. Les iles Kerguelen sont derrière nous, bientôt l'Australie et nous avalons les fuseaux horaires au point que nos quarts de sommeil s'en trouvent quelque peu dérangés. La suite ne semble pas aussi facile, Iceberg, vents forts... mais nous verrons bien. Pour le moment je jouis de ce privilège de naviguer dans ces mers Australes dont je ne pourrais jamais éteindre en moi la fascination. A+ 
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